8 日本海軍實力強大。 作者:皮耶‧G‧倫伯格

 8

La marine japonaise était redoutable

par Pierre GRUMBERG

Au hit-parade du maquettisme, le cuirassé Yamato dispute certainement la première marche au Bismarck allemand. Décliné à toutes les échelles, y compris en version vaisseau spatial, ce navire monstrueux reste une célébrité, tout spécialement dans sa patrie d’origine où il fait l’objet d’un véritable culte. On lui a consacré un nombre record de livres et de films. Le plus récent, sorti en 2005, dirigé par Junya Satō, s’est non seulement révélé un énorme succès commercial au Japon, mais son décor reproduisant grandeur nature une partie de la plage avant a été visité ensuite par un million de curieux. Si certains navires de ligne américains sont transformés en attractions, le Yamato est le seul cuirassé coulé au monde à se voir consacrer un musée, dont le clou consiste en une maquette au 1/10e longue de 26,3 m.


Non que le Yamato ne mérite pas cette attention. C’est un navire superbe, aux lignes étonnamment élégantes, dont le déplacement (65 000 tonnes) et l’armement (9 canons de 460 mm, capables de tirer des obus de 1,4 tonne à 42 kilomètres) n’ont jamais été réédités. Et pour cause, s’empresse-t-on d’ajouter : intégré à la Marine impériale le 16 décembre 1941, neuf jours après Pearl Harbor, le beau bâtiment est déjà obsolète avant d’avoir servi, ce que confirment ses états de service. Il n’utilise ses énormes canons qu’une seule fois, lors de la bataille de l’île de Samar, le 25 octobre 1944, et cet engagement révèle son inefficacité. Le tir est imprécis et ses obus, conçus pour pénétrer les épais blindages d’autres cuirassés, n’explosent pas au contact de la tôle légère des porte-avions d’escorte américains. Un seul sur six est coulé, alors que, sans autre défense que leurs avions embarqués et une poignée de destroyers, tous semblent condamnés. Et l’on voit alors le cuirassé le plus puissant de tous les temps battre en retraite devant une poignée de flat tops – ou « toits plats », surnom que donnent les Américains aux porte-avions à cause de leur pont d’envol – construits sur des coques de cargo ! Tout un symbole.


La fin du Yamato est tout aussi symbolique que son unique combat contre des navires en surface. Lancé dans un raid suicide absurde, il est coulé le 7 avril 1945 par des avions américains, emportant avec lui plus de 3 000 de ses 3 300 marins. Le Musashi, son frère jumeau, n’a guère eu plus de succès. Le 24 octobre 1944, veille de la bataille de Samar, il a été lui aussi victime de l’aviation, sans avoir jamais affronté un bateau. La carrière tragique de ces géants pourrait servir de résumé à l’histoire des forces navales japonaises de 1941 à 1945, celle d’une très belle marine, capable de brillantes innovations, mais conçue pour une autre guerre. Tout le problème pour l’historien est que les déficiences profondes, rédhibitoires, de la Kaigun – la Marine impériale – sont cachées par un paravent de succès spectaculaires.


Le Japon, en décembre 1941, est la troisième puissance navale du monde, avec 10 porte-avions, autant de cuirassés (sans compter le Yamato et le Musashi quasiment terminés), 18 croiseurs lourds, 20 légers, 113 destroyers, 63 sous-marins et 1 750 avions, servis par 311 359 marins (dont 23 883 officiers). Le tout, à la différence des marines anglo-saxonnes, concentré dans le seul océan Pacifique, ce qui lui garantit l’avantage du nombre. Mais ce n’est pas la seule raison de sa supériorité dans les premiers mois de la guerre. Bien que ses conséquences à long terme soient désastreuses, l’attaque de Pearl Harbor est aussi un coup tactique imaginatif et culotté. Les opérations qui suivent dans l’océan Indien contre la Royal Navy puis contre l’Abdacom (American British Dutch Australian Command, qui regroupe les maigres forces alliées défendant l’Insulinde) montrent que les Japonais sont passés maîtres dans l’art du raid et du combat en surface. Bien qu’étrillée dans la mer de Corail et à Midway au printemps 1942, la Kaigun tient encore son rang au début de la longue campagne de Guadalcanal. La bataille de l’île de Savo (8-9 août 1942, où la Navy perd trois croiseurs lourds coulés), celle des îles Santa Cruz (25-27 octobre 1942, où le porte-avions Hornet est perdu), sans compter une multitude d’engagements, souvent de nuit, entre destroyers et croiseurs, infligent de lourdes pertes aux Américains.


Frapper plus loin que l’adversaire

Pour vaincre, la Marine impériale s’appuie sur trois atouts principaux. Le premier est l’aéronavale. En 1941, le Japon est, de très loin, la puissance la plus avancée dans ce domaine. En décembre 1941, la Kaigun aligne, on l’a dit, dix porte-avions, contre sept à l’US Navy et huit à la Royal Navy. Mais la plupart des forces alliées sont mobilisées sur un autre hémisphère : sur le théâtre Pacifique et Indien, les Américains alignent trois « toits plats », les Britanniques un seul (le vieil Hermes, complètement obsolète). Et la supériorité n’est pas seulement numérique. Les Japonais ont aguerri leur aviation navale en Chine. Non seulement les pilotes y ont acquis une expérience hors pair, mais leurs cadres ont appris un art que les Américains ne maîtriseront qu’en 1944 : la coordination des porte-avions destinée à lancer des vagues aériennes groupant parfois plus de cent cinquante avions, modernes et bien conçus – les appareils embarqués japonais, notamment le fameux chasseur Zéro, surpassent au début de la guerre ceux de la Navy, notamment par leur autonomie. Enfin, la maîtrise aérienne de la Kaigun ne repose pas sur les seuls porte-avions. Ce sont des bombardiers et avions torpilleurs bimoteurs à très long rayon d’action (plus de 2 500 kilomètres) basés à Saigon qui coulent le cuirassé Prince of Wales et le croiseur de bataille Repulse le 10 décembre 1941 au large de la Malaisie.


La deuxième force de la Marine impériale repose dans la qualité de ses matériels. Si les porte-avions (à l’exception des excellents Zuikaku et Shōkaku, quasi neufs à Pearl Harbor) vont montrer à Midway une excessive vulnérabilité, les cuirassés (Yamato compris), les croiseurs lourds et les grands destroyers sont plus rapides et plus armés, sinon mieux, que leurs rivaux. Ils vont poser dans les eaux confinées de Guadalcanal un terrible défi tactique à l’adversaire grâce à la qualité de leur artillerie et d’une arme unique en son genre : la torpille type 93 (appelée « longue lance » par les Alliés). Propulsé par un astucieux moteur à oxygène, l’engin combine rapidité (50 nœuds), endurance (plus de 20 kilomètres de portée) et furtivité (pas d’émission de bulles). Il surclasse totalement la torpille américaine à méthanol et air comprimé, plus lente (45 nœuds), moins endurante (10 kilomètres au maximum, 6 à pleine vitesse) et détectable à son sillage. La type 93 est d’autant plus efficace que les Alliés, pour qui ses performances sont inconcevables, attribuent longtemps ses victimes aux mines et tardent à se méfier. Par ailleurs, la Marine impériale dispose à l’entrée en guerre des meilleurs avions embarqués.


Enfin, si son haut commandement est médiocre, la Kaigun peut s’appuyer sur la qualité et l’élan patriotique de ses marins des échelons inférieurs. On a déjà évoqué plus haut la qualité inégalée des pilotes embarqués. Mais on observe bien souvent la même compétence dans les postes les plus classiques, des machines à l’artillerie. Jamais, autant que l’on sache, la motivation et le sens du sacrifice ne semblent décliner au cours de la guerre. Certes, il convient de prendre avec prudence les déclarations ou les courriers des marins, étroitement surveillés, brutalisés et poussés par la pression sociale et le sens de l’honneur familial. Quoi qu’il en soit, les volontaires au suicide ne semblent pas manquer aux « unités d’attaque spéciales vent divin » (Shimpu Tokubetsu Kōgekitai, en abrégé Tōkkotai. Le terme Kamikaze, très peu utilisé au Japon, est une prononciation alternative des idéogrammes composant le mot Shimpu). On le voit, la Kaigun n’a rien d’un tigre de papier. Cela ne l’empêche cependant pas de souffrir de nombreuses déficiences qui, une fois passée la surprise des premiers temps, vont se révéler fatales.


L’obsession de Tsushima

La première faiblesse navale du Japon est d’ordre intellectuel et doctrinal, et s’exprime dans la médiocrité des amiraux évoquée plus haut. Faute de passé – le pays ne s’est ouvert au monde qu’en 1854 –, la Marine impériale se focalise jusqu’à l’obsession sur sa seule véritable expérience du combat d’escadre en haute mer, le splendide succès remporté sur les Russes à Tsushima, les 27 et 28 mai 1905, où l’amiral Tōgō anéantit la flotte de son adversaire Rojestvenski. Bien que la Première Guerre mondiale démontre la fréquence de plus en plus rare des grandes batailles navales – les adversaires se dérobent dès qu’ils se sentent menacés, afin d’éviter de mettre en danger leurs coûteux navires –, les Japonais persistent à vouloir rééditer Tsushima. Toute la stratégie – résumée sous l’appellation de Zengan Sakusen, ou « stratégie de la bataille décisive » – se confond donc avec un objectif purement tactique : écraser l’ennemi dans un grand combat paroxystique avant de lui imposer de négocier à son désavantage.


Le plan de guerre de Tokyo vise à provoquer cette bataille. Après avoir saisi l’Asie du Sud-Est par une offensive éclair, les Japonais comptent s’appuyer sur un arc de bases insulaires pour attendre, quelque part du côté des îles Mariannes et Carolines, l’attaque de la marine américaine, qui, à n’en pas douter, volera au secours des Philippines. Le combat se déroulera alors en plusieurs phases. D’abord, sous-marins et bombardiers à terre useront la flotte adverse dès qu’elle quittera ses bases. Puis, une fois l’adversaire saigné et affaibli, on le privera de la maîtrise de son ciel en lançant un raid aérien massif destiné à détruire son escorte aéronavale – c’est le rôle principal dévolu aux six grands porte-avions rapides, et qui inspire leur concentration en une escadre unique, la « force d’assaut », ou Kidō Butai. Interviendra enfin l’affrontement final au canon et à la torpille, où la supériorité qualitative – vitesse, portée, calibre – des navires de surface compensera au besoin la supériorité numérique ennemie.


Tout le matériel, toute la formation des équipages visent à l’accomplissement de ce plan idéal. Ainsi, les sous-marins s’intéressent uniquement aux navires militaires, négligeant le trafic marchand. Les avions sont conçus pour frapper aussi loin que possible, en sacrifiant leur protection. La perspective du grand combat final encourage la course à la portée et au calibre, avec pour résultat la réussite qu’est la torpille type 93, mais aussi le monstrueux et en fin de compte inutile Yamato. L’ennui pour les amiraux de Tokyo est que l’ennemi refuse de marcher dans leur combine, en partie d’ailleurs par la faute du chef d’orchestre chargé de sa mise en œuvre : l’amiral Yamamoto. En utilisant la Kidō Butai pour attaquer Pearl Harbor et en neutralisant temporairement les cuirassés qui s’y trouvent, les Japonais interdisent non seulement la grande sortie attendue vers les Philippines, mais ils forcent également l’ennemi à se rabattre sur les armes qui lui restent : porte-avions et sous-marins. Forcée à la défensive fin 1941, la tarentule Nimitz, tapie à Pearl Harbor, va donc jouer la patience, évitant à tout prix d’affronter la Kidō Butai, le dard de la guêpe Yamamoto, avant de tisser une toile solide où l’attirer, celle, insidieuse et gluante, d’une guerre d’usure que la Marine impériale n’a aucune chance de gagner.


Le président Roosevelt l’a proclamé haut et fort dès le lendemain de Pearl Harbor, il n’est évidemment pas question de négocier, comme le veut Tokyo, mais de combattre, jusqu’à la victoire. Or, cette lutte de longue haleine exige des ressources industrielles qui manquent au Japon. Si le tonnage militaire mis en service en 1941 dépasse celui de la Navy, il s’agit d’une année exceptionnelle. En dépit des séquelles de la crise de 1929 et d’une montée tardive en puissance, c’est l’Amérique qui produit plus sur la période 1937 à 1941 : 415 515 tonnes de grandes unités (du porte-avions au sous-marin) sont mises en service, contre 354 655 tonnes (soit cent vingt et un navires contre soixante-dix-huit) côté Japon. Ce dernier ne l’emporte que dans un domaine (capital il est vrai), celui des porte-avions (74 500 tonnes et quatre navires côté Navy, contre 131 050 tonnes et onze navires côté Kaigun). Mais une fois la guerre déclarée, le déséquilibre devient caricatural : de 1942 à 1945, les Américains mettent en service 3,3 millions de tonnes de grandes unités, contre 0,6 million au Japon, soit un rapport de 5,5/1. Encore la production japonaise est-elle assurée en réquisitionnant les chantiers civils, au détriment d’une flotte marchande déjà trop faible.


David contre un Goliath immortel

Comme le résume l’historien H. P. Willmott, si les Japonais avaient coulé le 7 décembre 1941 l’intégralité de la Pacific Fleet sans subir de pertes pendant les trente mois qui ont suivi, ils ne se seraient pas moins retrouvés en infériorité à l’été 1944. Encore les chiffres ne tiennent-ils pas compte des innombrables unités légères, logistiques ou vouées aux opérations amphibies produites sous la bannière étoilée. Et tout cela n’intègre pas le renfort non négligeable apporté à partir de 1944 par une Royal Navy dégagée de ses obligations européennes. Un élément ultime enfonce le clou : l’insuffisance des chantiers ne nuit pas seulement à la production, mais aussi à la capacité de maintenir et réparer les unités, sans laquelle une marine en guerre ne peut survivre.


À cette anémie industrielle s’ajoute une désastreuse gestion des moyens humains. Prenant on l’a vu ses désirs pour des réalités, l’état-major de la Kaigun n’envisage qu’une guerre courte. Il se concentre donc sur la création d’une force d’élite, aux effectifs restreints, sans envisager le remplacement des pertes. Au milieu des années 1930, notent les historiens David Evans et Mark Peattie, la Marine impériale ne repose encore que sur 108 000 hommes, dont la moitié au moins sont embarqués, un ratio dangereusement insuffisant pour assurer un fonctionnement efficace en temps de guerre. Le recrutement et l’entraînement, trop exigeants, sont ensuite incapables de suivre le rythme de la production. La Kaigun part ainsi en guerre avec un déficit de 2 000 officiers, un manque particulièrement catastrophique qui augure mal de l’usure inévitable imposée par les combats.


L’aéronavale est l’exemple le plus parfait de l’imprévoyance des amiraux en matière de gestion des ressources humaines. La Kaigun ne dispose fin 1941 que de 3 500 pilotes environ – dont 1 500 qualifiés sur porte-avions –, contre 8 000 aux Américains. La raison ? Un recrutement prolongé, élitiste jusqu’à l’absurde. Avant même de rejoindre les centres d’entraînement, les volontaires, déjà triés sur le volet, doivent servir un à trois ans en mer. La moindre défaillance vaut ensuite élimination et la production annuelle des écoles pendant les années 1930 ne dépasse guère les cent pilotes, voire moins : en 1937, raconte l’as Sakai Saburō, 75 candidats sont brevetés sur 1 500 au départ ! Les pilotes engagés de Pearl Harbor à Midway ont souvent servi et combattu en Chine et comptent 800 heures de vol en moyenne (300 au minimum, 2 500 au maximum). Ils sont des virtuoses, mais ce n’est qu’en 1941 que l’on s’avise de lancer un vaste programme de formation pour les remplacer. Il ne sera jamais réalisé, l’insuffisance des effectifs empêchant la rotation des pilotes entre combat et instruction. L’immense majorité des vétérans va disparaître dans la tourmente de Guadalcanal, laissant la place à une génération hâtivement formée : en mai 1943, les nouveaux pilotes ne comptent plus que 200 à 300 heures de vol. Chose étrange, la Marine impériale, qui a consenti des efforts énormes pour former les meilleurs pilotes embarqués au monde, ne fait en outre pas grand-chose pour les sauver : le service de recherche et sauvetage, primitif et mal équipé, est notoirement inefficace.


L’incapacité rédhibitoire des stratèges japonais à percevoir la réalité d’un conflit moderne sur mer se manifeste enfin dans deux domaines déterminants pour l’infériorité de la Kaigun. Le premier est d’ordre technologique. Élevés dans le respect sacro-saint du canon et de la torpille, les officiers de l’Empereur négligent l’électronique. Les radios embarquées dans les avions sont ainsi de si mauvaise qualité que les pilotes choisissent parfois de s’en débarrasser pour gagner du poids. On se contente de communiquer par signes, et la coordination au combat en souffre. Les Américains, parfaitement équipés eux, compensent ainsi par une meilleure tactique collective l’infériorité technique de leurs chasseurs Wildcat. Surtout, la Kaigun dédaigne le radar, bien qu’il ait démontré ses capacités dès l’été 1940 en Angleterre. Elle abandonne ainsi aux Américains, systématiquement dotés, un énorme avantage tactique, tant en matière de veille et de coordination des interceptions dans le ciel que dans le réglage de l’artillerie sur mer. Premier porte-avions japonais équipé, le Shōkaku ne reçoit son radar type 21 – un équipement peu fiable et primitif – qu’en août 1942. Il distingue un avion isolé à 70 kilomètres et un cuirassé à 20, quand le CXAM américain antérieur distingue un bombardier à 130 kilomètres, un chasseur à 90 et un cuirassé à 30. Le manque de techniciens dans un pays récemment industrialisé se manifeste en outre dans d’autres domaines critiques : le contrôle des dommages au combat, par exemple, ou l’entretien des moteurs.


Il est, pour finir, un domaine où la Marine impériale touche – littéralement – le fond : celui de la guerre sous-marine. Imprévoyance, tendance à prendre ses désirs pour des réalités, insuffisance industrielle, mais aussi déficit humain et technologique se combinent là pour aboutir à un complet naufrage. Bien que l’archipel où ils sont nés soit totalement dépendant de ses importations (pétrole, charbon, minerai, nourriture…), bien que la guerre de course de 1914-1918 ait plus que démontré la réalité de la menace submersible, les amiraux japonais n’accordent aucune importance à la protection de leur marine marchande. En décembre 1941, ils disposent en tout et pour tout de trente-deux escorteurs et vingt-six chasseurs de sous-marins, trop petits, mal armés, dépourvus de sonars efficaces et de radars – ils n’en recevront qu’à l’automne 1944. La navigation en convoi, qui fait ses preuves dans l’Atlantique, reste inconnue avant 1943 et ce n’est qu’à la fin de cette année-là qu’un QG spécialisé est chargé de centraliser sa gestion. Pis : armée et marine se disputent les navires réquisitionnés et refusent de coordonner leurs efforts, de sorte que l’on voit des cargos se croiser à vide en dépit de la pénurie !


Vu la faiblesse déjà patente de la marine marchande avant la guerre (cinquante-huit tankers en 1941 contre quatre cent vingt-cinq britanniques et trois cent quatre-vingt-neuf américains), le désastre est inévitable. Quelque deux cents sous-marins de l’US Navy armés par 16 000 marins (1,6 % de l’effectif total) expédient par le fond environ 4,8 millions de tonnes de navires marchands (mille cent treize unités), soit plus des trois quarts du tonnage sous pavillon japonais avant guerre. S’y ajoutent un demi-million de tonnes de navires militaires (deux cent une unités, dont huit porte-avions). Fin 1944, le massacre est quasi terminé, faute de cibles. Le tout au prix dérisoire de cinquante-deux submersibles perdus, dont seulement vingt-quatre du fait de l’ennemi.


Au final, la guêpe bourdonnante de décembre 1941 n’aura piqué que le temps d’un printemps. En mai-juin 1942, son dard aéronaval est sérieusement émoussé dans la mer de Corail et à Midway, où la Kidō Butai est anéantie. Ce qui reste de venin est vidé entre août 1942 et février 1943 dans les eaux de Guadalcanal, où disparaît l’élite des aviateurs navals. Après un temps de récupération mutuel pendant le reste de l’année, la Kaigun obtient enfin en juin 1944 la grande bataille tant attendue, menée au large des îles Mariannes. Mais le rêve tourne au cauchemar. L’aviation navale péniblement reconstituée tombe sur une armada de porte-avions tous neufs et de chasseurs plus rapides, plus puissants… C’est un massacre – le « tir au pigeon des îles Mariannes » –, que l’hécatombe de la marine marchande parachève à la fin de l’année. Leur marine détruite, leur armée battue, leurs îles assiégées, les Japonais affamés n’ont plus à manger que la lie du calice.


Bibliographie sélective

Bergerud, Eric, Fire in the Sky, the Air War in the South Pacific, Boulder (Colorado), Westview, 2000.


Evans, David, et Peattie, Mark, Kaigun : Strategy, Tactics and Technology in the Imperial Japanese Navy, 1887-1941, Annapolis (Maryland), Naval Institute Press, 1997.


Lundstrom, John, The First Team, Pacific Naval Air Combat from Pearl Harbor to Midway, Naval Institute Press, 1984.


Mark Peattie, Sunburst, the Rise of Japanese Naval Air Power, 1909-1941, Annapolis (Maryland), Naval Institute Press, 2007.


Willmott, H. P., The Last Century of Sea Power, vol. 2 : From Washington to Tokyo, 1922-1945, Bloomington (Indiana), Indiana University Press, 2010.

留言

這個網誌中的熱門文章

北越故事:童年、從軍、戰場、戰後、晚年【平民眼中的戰爭:從香蕉湯到尿袋人生】

投稿:戰爭不是劇本:從香蕉湯到尿袋人生