5 U 型潛艇可能扭轉戰爭局勢 作者:弗朗索瓦-伊曼紐爾·B·雷澤特

 

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Les U-Boote pouvaient renverser le cours de la guerre

par François-Emmanuel BRÉZET

« La seule chose qui m’ait vraiment effrayé au cours de la guerre, écrit Winston Churchill dans ses Mémoires, ce fut la menace des sous-marins. Même avant la bataille d’Angleterre, je pensais que l’invasion était condamnée à échouer. Après la victoire aérienne, les choses se présentaient bien pour nous ; c’était même le genre de combat que l’on devait être satisfait de livrer dans les conditions cruelles de la guerre. Mais à présent, nos lignes d’approvisionnement vitales, même sur les vastes étendues des océans et surtout aux approches de notre île, se trouvaient en péril. Cette bataille m’inquiétait davantage encore que le glorieux affrontement aérien qu’avait été la bataille d’Angleterre1. »

En proclamant par la suite, par analogie avec la bataille d’Angleterre qui se poursuivait, la « bataille de l’Atlantique », Churchill mettait l’accent sur un combat destiné à durer et dont l’issue était d’autant plus difficile à appréhender qu’il ne se présentait pas sous l’aspect de batailles flamboyantes mais sous celui de statistiques, de courbes et de diagrammes pas toujours faciles à interpréter.

L’échec d’une bataille menée sans merci

Après une année 1942 caractérisée dans l’Atlantique Nord par un accroissement inquiétant du tonnage marchand allié perdu, l’année 1943 s’annonçait pour les Alliés comme celle de tous les dangers ; inversement, pour le commandement des U-Boote2 (BdU), le rapport entre le chiffre des U-Boote perdus et celui du tonnage coulé était suivi avec inquiétude.

Le bilan de l’opération conduite durant plusieurs jours à partir du 4 février 1943 par vingt et un sous-marins contre le convoi SC-118 (soixante et un bâtiments protégés par trois destroyers, un cutter3, trois corvettes, dont la Lobelia des Forces françaises libres) était significatif : treize bâtiments de commerce (59 765 BRT4) avaient été envoyés par le fond tandis que trois U-Boote avaient été coulés et quatre autres avariés. Le grand amiral Dönitz, qui venait de prendre, en remplacement du grand amiral Raeder, le commandement de la Kriegsmarine, tout en conservant celui opérationnel des sous-marins, l’avait qualifiée de « plus rude bataille de la guerre sous-marine ». Pour certains sous-marins, elle s’était poursuivie durant quatre nuits successives. Pour les Alliés, le choc avait été rude : « Une caractéristique inquiétante de ce passage de convoi, écrira l’historien Stephen Roskill, était que de lourdes pertes avaient été essuyées en dépit d’un nombre inhabituel de bâtiments d’escorte5. »

Pour les Alliés, le pire restait à venir. Le convoi SC-122 (soixante bâtiments escortés par deux destroyers, une frégate et trois corvettes) avait appareillé de New York le 5 mars, tandis que le convoi rapide HX-229 (quarante bâtiments escortés par quatre destroyers et une corvette) avait été mis en route le 8 mars. Ces convois devaient parcourir, à des vitesses différentes, des routes indépendantes. À l’Amirauté britannique, nul ne pouvait prévoir qu’en raison de déroutements successifs ordonnés pour parer à la menace des U-Boote signalés, le convoi HX-229 rattraperait le convoi SC-122, provoquant dans un espace restreint une accumulation rarement rencontrée de bâtiments.

Les convois avaient certes déjà fait l’objet d’attaques partielles, mais le BdU, conscient de la nouvelle situation, décida aussitôt de concentrer tous les sous-marins disponibles sur le nouvel objectif. Du 18 au 20 mars 1943, une véritable bataille rangée fut livrée, opposant quatre-vingt-onze bâtiments de commerce et dix-huit bâtiments d’escorte à quarante-quatre sous-marins. L’Amirauté fit rallier de son côté tous les bâtiments et aéronefs disponibles : la pression de ces derniers décida le BdU à mettre fin à l’opération au matin du 18 mars. Dönitz considérera avec raison cette bataille comme la plus grande victoire des U-Boote ; vingt et un bâtiments (140 842 BRT) avaient été envoyés par le fond au prix de la perte d’un unique sous-marin.

Durant ces trois premières semaines de mars, pour quinze sous-marins envoyés par le fond, les Alliés avaient perdu quatre-vingt-sept bâtiments, dont soixante-sept en convoi (quarante pour l’Atlantique Nord) : « Vers quoi pouvait se tourner l’Amirauté, écrira encore Roskill, si le système du convoi avait perdu de son efficacité ? Elle ne le savait pas ; mais elle devait avoir senti, même si personne ne l’admettait, que la défaite la dévisageait6. »

L’inquiétude manifestée aussi bien par Churchill que par the men on the spot, les responsables quotidiens de la conduite de la bataille, montre qu’une victoire des U-Boote resterait longtemps une éventualité d’autant plus redoutée qu’elle aurait été en mesure de renverser le cours de la guerre : l’étranglement des liaisons maritimes entre les États-Unis et la Grande-Bretagne n’aurait pas permis aux alliés anglo-saxons de prendre pied en juin 1944 sur le continent européen et d’ouvrir ainsi, comme l’allié soviétique l’exigeait, le second front dont dépendait une issue victorieuse de la guerre.

Mais ce que l’Amirauté ignorait, en ce mois de mars 1943, c’était que la victoire était pourtant proche : le 24 mai, après une série d’attaques de convois infructueuses caractérisées par la perte de trente et un sous-marins et un rapport U-Boote perdus/tonnage BRT coulé de 1/10 000 pour le mois de mai, Dönitz décidait l’arrêt de la bataille dans l’Atlantique Nord. Il ne parviendra pas à la reprendre de façon durable par la suite : la Kriegsmarine avait donc perdu ce jour-là la bataille de l’Atlantique.

Cet échec venait confirmer les craintes de la direction allemande de la guerre sur mer, la Seekriegsleitung, depuis l’entrée en guerre des États-Unis. Dès avril 1942, parfaitement informée des capacités des chantiers américains, elle n’avait plus de doute : les programmes géants de construction de bâtiments de guerre seraient conduits à leur terme dans les délais étonnants fixés et il en serait de même pour le programme de construction de bâtiments marchands. Comme l’écrit Werner Rahn : « Au dernier quadrimestre 1942, la compétition pour la guerre au tonnage était devenue sans espoir7. »

Dönitz n’hésitera pas pour autant à faire reprendre, en septembre 1943, la guerre sous-marine sur les autres théâtres d’opérations au prix de pertes de plus en plus lourdes (365 U-Boote coulés pour 648 durant toute la guerre), pour un résultat de plus en plus faible (1,23 million BRT sur les 13 millions coulés durant la totalité de la guerre)8.

Mais, en fin de compte, c’est l’étude du développement des forces sous-marines allemandes qui nous fournira les véritables raisons d’un échec en quelque sorte programmé.

Le refus d’une stratégie maritime adaptée

Entre 1930 et 1932, les derniers gouvernements de la république de Weimar, anticipant le succès de la politique de reconnaissance de l’« égalité des droits », die Gleichberechtigung, qu’ils avaient menée, avaient rassemblé le matériel nécessaire à l’assemblage rapide d’une douzaine de sous-marins. Le succès de l’opération avait été rendu possible par la politique secrète de construction à l’étranger de sous-marins. La mise en route du processus d’assemblage contrevenait aux stipulations du traité de Versailles qui déniait à la Reichsmarine le droit de posséder des sous-marins, aussi le chef de la direction de la marine, l’amiral Raeder, avait-il bien précisé que la construction ne pourrait commencer que lorsque le gouvernement en donnerait l’autorisation : tout en mettant en route le processus de réarmement de l’Allemagne, le gouvernement Schleicher avait conservé sous son strict contrôle le lancement de la réalisation d’une arme sous-marine.

Lors de l’arrivée d’Hitler au pouvoir, en janvier 1933, Raeder prit rapidement conscience du fait que le nouveau chancelier refuserait tout programme de reconstruction de la marine qui mettrait en danger sa politique de rapprochement avec l’Angleterre : compte tenu des mauvais souvenirs laissés par la guerre précédente, la constitution d’une flotte de sous-marins paraissait exclue. Il faudra attendre la signature, le 18 juin 1935, du traité naval germano-britannique pour que le premier sous-marin puisse être assemblé. Sur l’ordre d’Hitler, la marine avait dû renoncer à la parité pour les sous-marins généreusement proposée par la Grande-Bretagne et annoncer qu’elle se contenterait d’un rapport révisable après accord de 45 % (22 400 tonnes). À la fin de l’année 1936, les mesures de construction anticipée avaient permis de mettre à l’eau trente-six sous-marins, mais le rythme dut ensuite se relâcher. Une guerre contre l’Angleterre était un sujet tabou, et comme la France, adversaire principal déclaré, était réputée peu vulnérable à la menace sous-marine, la construction d’une grande flotte sous-marine n’était réclamée par personne.

Alors que l’armée allemande et la Luftwaffe poursuivaient, avec le résultat que nous connaissons, un développement accéléré qui n’était limité que par les capacités de l’industrie allemande, la marine devait, au contraire, rester dans les strictes limitations du traité conclu. Ce ne fut qu’à partir de 1938 qu’Hitler consentit à reconnaître que, compte tenu de la politique européenne agressive qu’il conduisait, le risque d’une guerre avec l’Angleterre devait être pris en considération. Le quota autorisé par le traité n’étant pas loin d’être atteint, la Kriegsmarine ouvrit dans la précipitation des négociations avec la Royal Navy permettant d’atteindre la parité avec la flotte sous-marine britannique.

Ce n’est donc pas en raison d’un aveuglement stratégique du commandement de la marine, ou de négligence dans la conduite des constructions décidées, que la Kriegsmarine va entrer dans la guerre, en septembre 1939, avec cinquante-sept sous-marins dont vingt-six seulement étaient véritablement en mesure d’être engagés sur le théâtre d’opérations principal : l’océan Atlantique.

Hitler, comme il le reconnaissait lui-même, redoutait la mer. Raeder s’était bien efforcé de lui faire prendre conscience du fait que la puissance d’une nation se mesurait aussi à l’aune de sa force sur mer, mais Hitler avait surtout retenu que la réalisation, à laquelle il avait pourtant donné son accord, de la puissante flotte de combat du plan Z demanderait un délai incompatible avec la stratégie de conquêtes territoriales qu’il comptait réaliser sur quatre ou cinq années.

Les premiers succès obtenus, le Führer ne parviendra jamais à comprendre l’obstination de l’Angleterre à vouloir poursuivre la guerre. Il rejettera alors la stratégie maritime proposée par son grand amiral contre le dernier adversaire sur mer au profit d’une stratégie d’élimination du dernier adversaire terrestre potentiel en Europe, l’Union soviétique, qu’il imaginait pouvoir éliminer en quelques mois.

Les contraintes logistiques de la nouvelle campagne entreprise ne permirent à aucun moment de faire bénéficier la construction de sous-marins de la priorité indispensable pour transformer en victoire décisive les premiers succès prometteurs obtenus. Lorsqu’il décidera, en novembre 1943, d’accorder à la défense de la « forteresse Europe » la priorité, Hitler montrera une fois de plus qu’il n’avait rien compris à l’importance stratégique de la bataille de l’Atlantique : au lieu de la privilégier, il fera porter tout l’effort sur l’amélioration de la défense des côtes et la concentration des troupes destinées à rejeter l’adversaire s’il parvenait néanmoins à prendre pied sur le rivage.

Après avoir pris tardivement conscience, en mai 1943, du caractère obsolète des sous-marins avec lesquels il avait commencé la guerre, Dönitz prit deux décisions importantes : lancer la mise au point d’un sous-marin à haute performance, le type XXI, et réaliser sa construction en série en l’intégrant totalement dans l’organisation de production des armements des trois armées pilotée par Albert Speer.

Cette dernière décision fut une réussite dans la mesure où la marine, à défaut d’être prioritaire, se vit reconnaître la place qui lui revenait dans l’effort global et bénéficia d’une planification industrielle rigoureuse qui permit le lancement à grande échelle de la fabrication en série de sous-marins. Mais il était beaucoup trop tard : la destruction progressive par l’aviation alliée de la capacité industrielle d’armement ne tarda guère à provoquer pour certains matériels, comme les périscopes ou les batteries électriques, des goulots d’étranglement qui paralysèrent le planning de construction des bâtiments. Le premier sous-marin type XXI prit la mer quelques heures seulement avant la capitulation, alors même que, dans les chantiers allemands, des centaines de coques attendaient d’être achevées.

En faisant miroiter, contre toute évidence, aux yeux du Führer la capacité de cette future grande flotte sous-marine à renverser le cours de la guerre, Dönitz n’en acquit pas moins auprès de celui-ci un prestige et une considération qui lui valurent le privilège peu enviable de recueillir sa succession.

Les U-Boote, en dépit d’apparences trompeuses, n’auront donc à aucun moment été en mesure de renverser le cours de la guerre : ils n’en auront jamais eu vraiment les moyens. Il est parfaitement injuste d’en faire porter la responsabilité, comme cela est encore trop souvent le cas, à celui qui a été le véritable refondateur de la flotte allemande : le grand amiral Raeder. Les différents plans de reconstruction élaborés font état d’une flotte équilibrée dans laquelle la construction de sous-marins, loin d’être négligée, était en rapport avec les objectifs stratégiques fixés par le pouvoir politique.

Dès l’annonce du risque de guerre avec l’Angleterre, Raeder avait commencé à procéder aux ajustements nécessaires. Lorsque la guerre sera déclarée, il échouera dans ses tentatives pour faire comprendre au Führer, qui en assumait personnellement la direction, la nécessité d’accorder à la construction de sous-marins la priorité qui aurait pu les conduire au succès.

Bibliographie sélective

Brézet, François-Emmanuel, Histoire de la marine allemande 1939-1945, Paris, Perrin, 1999.

Brézet, François-Emmanuel, Dönitz, le dernier Führer, Paris, Perrin, 2011.

Churchill, Winston, Mémoires de guerre, t. 2, Paris, Tallandier, 2014.

Rahn, Werner, « Der Seekrieg im Atlantik und Nordmeer », dans Das Deutsche Reich und der Zweite Weltkrieg, t. 6, édité par le Militärgeschichtliche Forschungsamt, Stuttgart, Deutsche Verlags-Anstalt, 1990.

Roskill, Stephen, The War at Sea, t. 2, Londres, HMSO, 1954.

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