30 自由法國的心臟在倫敦跳動 作者:艾瑞克‧J‧恩寧斯

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Le cœur de la France libre battait à Londres

par Eric JENNINGS

Londres, capitale de la France libre : l’image est durablement enracinée dans le récit national français. Un quartier général situé à Carlton Gardens, le général de Gaulle au micro de la BBC, le cénotaphe de Whitehall et le monument londonien au maréchal Foch, théâtres de cérémonies et de défilés de troupes sous l’étendard de la croix de Lorraine, voilà autant de lieux communs véhiculés par la propagande de l’époque, et maintes fois repris par des documentaires. Pourtant, en les examinant de plus près, ces clichés masquent une grande fragilité, révèlent distorsions et asymétries, et gomment un contexte mondial pourtant capital. Car les assises londoniennes du mouvement gaulliste se révèlent particulièrement précaires. Contrairement au cas néerlandais, en juin 1940 le gouvernement français venait de conclure un armistice avec l’occupant allemand. De plus, l’Assemblée nationale rassemblée en séance extraordinaire au casino de Vichy le 10 juillet 1940 avait voté l’octroi des pleins pouvoirs au maréchal Philippe Pétain. Le déficit de légitimité gaulliste était d’autant plus patent qu’aucune puissance étrangère, hormis le Royaume-Uni, ne reconnaissait ce mouvement que le gouvernement du maréchal Pétain taxait de renégat. Charles de Gaulle n’avait été investi d’aucun pouvoir par la république moribonde. À l’inverse, l’État français siégeant dorénavant à Vichy jouissait d’une reconnaissance quasi universelle : les corps diplomatiques – soviétique, américain et autres – avaient déménagé sans états d’âme de la Ville lumière à la station thermale. Surtout, contrairement au cas hollandais, en juin 1940 la France libre n’offrait à Londres qu’une modeste contribution militaire – de rares éléments épars, peu d’appareils, peu d’aviateurs et de marins. Le gouvernement des Pays-Bas, a contrario, pouvait s’enorgueillir d’apporter sa contribution à la cause alliée sous la forme d’un vaste empire colonial, de soldats issus de ces territoires et de ressources et d’infrastructures qui s’y situaient : raffineries de Curaçao, caoutchouc et gisements de pétrole d’Indonésie.


La situation allait toutefois évoluer sans tarder. À la fin août 1940, le général de Gaulle obtint l’adhésion d’un gigantesque domaine colonial, ou du moins celle de ses dirigeants. En effet, dès l’été 1940 le cœur de la France libre se mit à battre bien loin de Londres, d’abord dans le Pacifique Sud, puis en Afrique centrale. Le mouvement allait offrir un empire à la cause alliée, et ces apports coloniaux allaient se multiplier entre 1940 et 1944, alors même que ceux des Pays-Bas se réduisaient au profit du Japon.


L’effet domino en faveur de la France libre débuta bien modestement le 20 juillet 1940 avec le ralliement des minuscules Nouvelles-Hébrides (actuel Vanuatu). Il allait toutefois croître de manière incrémentielle. Du 26 au 28 août 1940, par une action combinée lancée à la fois depuis l’intérieur et l’extérieur, les territoires comprenant l’Afrique-Équatoriale française (AEF) et le Cameroun basculèrent dans le camp de la France libre. Celle-ci contrôlait désormais un vaste bloc africain s’étendant depuis le Sahara jusqu’à la forêt tropicale. Il formait avec ses voisins – Congo belge, Nigeria britannique et Soudan – un rempart contre Vichy et l’Axe et, surtout, un couloir stratégique et aérien majeur. Dans ses Mémoires, Winston Churchill allait rendre hommage à cette voie de communication qui permettait de contourner la chape de plomb qui s’était abattue sur l’Europe et une partie de la Méditerranée1.


En février 1941, Edgard de Larminat, commandant supérieur des forces de l’Afrique française libre, exprimait ce qui était pour lui une évidence : « La France libre est uniquement composée de territoires coloniaux2. » Une fois rangés derrière le général de Gaulle (le processus fut laborieux au Gabon), ces territoires constituaient bien plus que des socles. Ils constituaient des laboratoires de légitimité, des gages d’un engagement militaire aux côtés du Royaume-Uni et de son empire, et une formidable réserve d’hommes et de ressources. Surtout, en apportant un territoire et des sujets à la cause, ces vastes contrées faisaient de la France libre non plus un mouvement en exil, mais un gouvernement à part entière doté d’une capitale impériale, Brazzaville.


Un élan parti du Sud

Loin d’être marginales, les colonies françaises, à commencer par l’AEF et le Cameroun, constituaient le fer de lance de la France combattante. Sans les premières colonnes françaises libres parties du Tchad attaquer les forces de Mussolini en Libye, il eût été impossible d’affirmer, après guerre, que la France n’avait jamais déposé les armes et que la débâcle de juin 1940 n’avait constitué qu’un revers. Sans les faits d’armes des troupes très majoritairement africaines à Koufra (295 Africains pour 101 Européens), au Fezzan (2 700 Africains pour 550 Européens), en Tunisie et dans le désert libyen, il est peu probable que Britanniques et Américains eussent consenti ultérieurement à équiper deux armées françaises libres.


De même, le ralliement des colonies d’Afrique et d’Océanie en 1940 rendit possible le fondement même de l’orthodoxie gaulliste, à savoir l’idée que Vichy n’incarnait pas la vraie France. De Gaulle ne s’y trompe pas : dans ses Mémoires de guerre il aborde dans un même paragraphe d’une part sa décision de déclarer le régime de Vichy illégitime et non avenu, et d’autre part la création ex nihilo en octobre 1940, « en terre française, à Brazzaville3 », des institutions et de la ligne officielle de la France libre. Appuyé par quelques juristes, dont René Cassin, le Général esquissait l’idée audacieuse que la continuité étatique avait migré des rives de la Seine vers les berges du Congo. Un Journal officiel, publié à Brazzaville dès 1940, posa les jalons légaux et institutionnels de la France combattante. Architecte de la mouvance française libre en Afrique, le gouverneur général Félix Éboué œuvra pour faire de Brazzaville une capitale, dotée de nouveaux édifices publics, d’un bâtiment du Trésor, d’un poste émetteur pour Radio Brazzaville, d’une école de formation de cadres militaires (le camp Colonna d’Ornano), d’un quartier général pour le général de Gaulle et bientôt de légations étrangères.


Un autre mythe tenace entourant la France libre concerne sa composition. Le cliché du premier Français libre se résume souvent à un marin de l’île de Sein ou à un irréductible métropolitain ayant gagné les côtes anglaises. Bien que Jean-François Muracciole, fin connaisseur des Français libres, ait insisté sur le pourcentage élevé d’étrangers, de femmes et de coloniaux dans leurs rangs, il convient d’ajouter qu’en 1942 environ un tiers des effectifs militaires de la France libre était issu de l’Afrique-Équatoriale française libre, du Cameroun et des territoires français du Pacifique. Ces forces étaient organisées en bataillons de marche, immédiatement lancés au feu par un général de Gaulle cherchant à prouver aux yeux du monde qu’il portait le fer à l’ennemi. Le chef de la France libre entendait en effet démontrer qu’il ne menait pas uniquement bataille contre ses compatriotes, comme le suggérait la propagande de Vichy depuis le fiasco de l’opération anglo-gaulliste sur Dakar en septembre 1940.


Des Français libres africains

Le Français libre de la première heure était donc également tchadien et camerounais. Mais était-il véritablement « libre » ? Certaines des 17 000 recrues de la France libre en AEF et au Cameroun entre 1940 et 1943 avaient été incorporées dans l’armée dans des conditions douteuses. La sous-traitance du recrutement confiée à des chefs africains, l’appât que représentait une somme significative promise à l’enrôlement, le recrutement dans une langue parfois inconnue des intéressés, les quotas soumis aux agents recruteurs firent qu’un grand nombre de ces ouvriers de la première heure n’étaient pas réellement volontaires. Certaines sources évoquent des hommes enchaînés par des recruteurs. Pour ne citer qu’un exemple, le Gabonais Jean Malonga se plaignit d’avoir été littéralement enlevé chez lui par des Forces françaises libres, qui l’employèrent comme porteur dans leur campagne contre la dissidence favorable à Vichy au Gabon, fin 19404. Ce genre de procédé s’inscrivait dans la pratique coloniale, les « porteurs » ayant depuis des décennies été engagés dans des conditions dantesques, soit pour alimenter les colonnes d’explorateurs, soit pour œuvrer sur de grands chantiers, comme le chemin de fer Congo-Océan. Voilà en tout cas de quoi bousculer ce qui est devenu l’une des idées reçues du Français libre, avancée par le romancier Romain Gary : « Ils venaient un à un, individuellement – et je souligne ce mot, car c’est peut-être ce qui caractérisait le plus fortement ces hommes libres5. » Gary était pourtant bien placé pour connaître l’inexactitude de ses propos, ou plutôt leur manque de pertinence sur le continent africain. En tant qu’aviateur français libre, il avait côtoyé au Tchad des frères d’armes de l’ethnie sara qui avaient été incorporés massivement en 1940 et 1941. Ces soldats de couleur ne semblent pas avoir été pris en compte dans son schéma axé sur le volontariat.


Le cas de Malonga peut être considéré comme plus largement représentatif de l’expérience africaine de la France libre. Contexte colonial oblige, les Africains ne furent pas consultés en août 1940 pour savoir s’ils étaient favorables à Philippe Pétain ou à Charles de Gaulle. Certains Camerounais exprimèrent au demeurant des velléités de sympathie pour l’Allemagne, leur ancienne puissance coloniale. De bien plus nombreux anciens combattants africains firent connaître dès juin 1940 leur désir de poursuivre le combat contre le Reich, d’autant que beaucoup d’Africains s’étaient positionnés contre le nazisme. Il n’en demeure pas moins que la contrainte et la coercition dominèrent les relations coloniales en Afrique française dite « libre ». Un nouvel Office du travail mis en place par Félix Éboué facilita le recrutement forcé de travailleurs. Sous couvert de « prestations » et d’autres formes de travail non rémunéré, des milliers d’ouvriers furent maintenus sur de vastes chantiers routiers, nouvelles artères stratégiques reliant colonies françaises et britanniques. La seule route reliant Bangui, Fort-Lamy et Moussoro, achevée en 1942, mobilisa 10 000 recrues africaines6. Ailleurs, sur les plantations de palmistes camerounais, dans les mines d’or congolaises et dans les champs de coton de l’Oubangui-Chari, la contrainte redoubla à partir de 1940.


La guerre des ressources

Les habitants de l’AEF et du Cameroun participèrent en effet à ce qu’il convient d’appeler la guerre des ressources. Le général de Gaulle ordonna de prospecter du pétrole au Gabon7. À travers le Moyen-Congo et le Gabon, l’exploitation de l’or s’accéléra considérablement. Le précieux minerai fut acheminé à Londres pour renflouer les caisses de la France libre, réduisant ainsi la dépendance du Général face à Winston Churchill. Pour les ouvriers qui trimaient dans les mines d’or du Moyen-Congo, du Cameroun et du Gabon, les conditions de travail se détériorèrent sensiblement à partir de 1940. Invoquant l’effort de guerre, les patrons supprimèrent les pauses et réduisirent les jours chômés, tentèrent de rendre la « désertion » passible de la peine de mort et renforcèrent des contrôles corporels déjà draconiens.


L’or n’était pas la seule substance à entraîner une telle fièvre. Dès 1940, des compagnies américaines s’intéressèrent à des métaux pouvant servir dans l’armement ; bientôt elles achetèrent du minerai de rutile riche en titane au Cameroun, du nickel et du chrome en Nouvelle-Calédonie. Quant au Timber Control britannique, il dépêcha des représentants au Gabon pour se pourvoir en rondins adaptés à la Royal Navy. À partir de 1942, ce fut principalement le caoutchouc qui attisa les convoitises. L’on pourrait même affirmer que cette précieuse substance représenta la principale contribution matérielle de la France combattante à la cause alliée. En effet, suite à l’expansion éclair du Japon en Asie du Sud-Est, les Anglo-Américains se trouvèrent à court de caoutchouc, matière essentielle pour les véhicules de guerre. Un SOS fut lancé en direction de Brazzaville. Des villages entiers, hommes, femmes et enfants confondus, furent alors lancés à la poursuite du caoutchouc dit sylvestre. En effet, le caoutchouc de plantation n’était pas répandu en Afrique-Équatoriale française (il l’était un peu plus au Cameroun), et de surcroît Félix Éboué se montrait inquiet de voir se radicaliser les ouvriers du caoutchouc, à l’instar de ce qui s’était produit en Indochine. C’est donc vers la cueillette que s’orientèrent ces territoires africains. Le coût humain fut considérable : recrudescence de la maladie du sommeil, délaissement de certaines cultures essentielles au profit de la cueillette de cette substance dont les ravages liés à son exploitation avaient été documentés par André Gide, Albert Londres et bien d’autres encore avant guerre. De nombreux administrateurs coloniaux d’AEF estimèrent en 1942-1943 que la région était au point de rupture de ses ressources humaines et naturelles : les recruteurs sillonnaient les villages pour enrôler soldats, porteurs, camionneurs et ouvriers dans les mines. Le latex sauvage, sous forme de liane, d’herbe ou de racine, se faisait rare. Le fait d’être entré dans le giron gaulliste en 1940 laissa donc une empreinte profonde sur ces premiers fiefs de la France libre.


Les années françaises libres ont souvent été assimilées par les populations africaines à une période de recul. Ceci est manifeste en matière de conditions de vie et de pouvoir d’achat, mais aussi dans le vécu de l’autoritarisme. Pour faciliter l’extraction des ressources, l’administration coloniale avait tenté de revaloriser l’autorité des chefs africains. Dans l’Oubangui-Chari, en 1942, un administrateur local se lamentait par exemple que l’autorité des chefs traditionnels avait trop longtemps été sapée, voire bafouée, avec pour résultat que « les chefs dans la proportion de 98 % n’ont aucune autorité sur leurs hommes », ce qui entraînait « une anarchie sociale »8. L’effort de guerre exigeait au contraire que l’administration leur accorde une plus grande marge de manœuvre, afin d’accroître la productivité par tous les moyens… Dans ces conditions, les abus furent légion, comme en témoigne un carton entier de doléances dépêchées au gouverneur général Éboué, mentionnant des sévices en tout genre, encore et toujours au nom de l’effort de guerre.


La multiplication des basculements coloniaux

Si l’AEF et le Cameroun avaient formé le premier bloc français libre, d’autres colonies se rangèrent ensuite une à une derrière la croix de Lorraine. Entre août et septembre 1940, les territoires français du Pacifique et de l’Inde rejoignirent la cause française libre (laborieusement pour la Nouvelle-Calédonie, rapidement pour Tahiti). Le bataillon du Pacifique allait s’illustrer à Bir Hakeim en 1942. Beaucoup de ces ralliements, à commencer par ceux de l’AEF et du Cameroun, peuvent être perçus comme de véritables putschs entrepris par une poignée d’hommes ; tous provoquèrent des conflits fratricides. Bien des basculements ultérieurs allaient entraîner une effusion de sang plus considérable encore, à commencer par ceux des territoires sous mandat fin 1941 (guerre entre Vichy et les forces anglo-gaullistes en Syrie et au Liban), puis Madagascar fin 1942 (opération britannique contre Vichy, la France libre en ayant été écartée). Le basculement de l’Afrique du Nord et de l’Afrique de l’Ouest entre fin 1942 et juin 1943 fut tout aussi pénible, impliquant d’infinies tractations. Il est donc fallacieux d’imaginer des « ralliements » spontanés de colonies venues rejoindre le général de Gaulle. Néanmoins, chacun de ces territoires – et d’autres encore, y compris l’archipel de Saint-Pierre-et-Miquelon – apporta sa pierre à l’édifice de la France combattante. Et pour beaucoup d’entre eux, force est de constater que le tribut fut lourd. Même dans les territoires demeurés malgré eux dans l’orbite de Vichy – comme les Antilles françaises –, des milliers de dissidents partirent rejoindre la France combattante. Proportionnellement, on n’enregistre guère d’équivalent métropolitain aux 5 000 Martiniquais et Guadeloupéens qui bravèrent la mer à bord de frêles esquifs pour gagner les postes de recrutement de la France combattante à Sainte-Lucie, à la Dominique, puis à Trinidad, entre 1940 et 1943.


À la Libération, d’un avis commun, l’on estima que les colonies avaient secouru la France métropolitaine, d’autant que l’élan colonial ne s’était pas borné à un apport en ressources humaines et naturelles. En novembre 1944, la ville de Bangui recueillit 700 000 francs de ses habitants, somme vouée à reconstruire un village français, alors que l’Empire entier récoltait plus de 500 millions de francs en quelques mois « pour l’aide à la résistance » intérieure9. Ce genre de contribution ne datait pas d’hier : dès 1941, des villageois camerounais avaient été « invités » à lever des fonds pour l’achat d’avions de chasse pour la France libre. Ajoutons que dans le contexte colonial, la frontière entre don et obligation demeurait floue, et que ces dons étaient assimilés à un gage de fidélité.


S’il ne fait aucun doute que Londres servit de quartier général à la France libre, il n’en demeure pas moins que Brazzaville puis Alger en furent les capitales. Sans elles, le général de Gaulle eût été un empereur sans sceptre et sans royaume. Si les colonies françaises avaient déjà joué un rôle majeur au cours de la Première Guerre mondiale, grâce à la fameuse « force noire », elles occupèrent durant la Seconde une place plus éminente encore et contribuèrent puissamment à libérer la mère patrie et à épauler les Alliés.


La France libre fut avant tout une vague partant de l’Afrique, puis du Pacifique, vers l’Europe. Ce fait a rarement été reconnu, sans doute en raison d’une triple marginalisation. Premièrement, l’euphémisation de l’effort africain reflète un tournant historique, amorcé en 1943. C’est à cette date qu’intervint le premier « blanchiment » des Forces françaises libres, au cours duquel les unités issues d’AEF et du Cameroun furent en partie remplacées par des troupes issues du Maghreb. Puis en 1944 intervint un second « blanchiment », au cours duquel les FFI remplacèrent les coloniaux. Relevons, en second lieu, que la France libre tout entière a progressivement été évincée de la mémoire d’après guerre. Ceci malgré le fait incontestable qu’elle a été à l’initiative de la Résistance, et qu’elle a été active et surtout efficace militairement bien avant sa consœur métropolitaine. Pourtant, l’image d’Épinal du maquisard l’a emporté sur celle du combattant bataillant dans la corne de l’Afrique, en Libye, en Syrie, en Tunisie ou en Italie. Relevons enfin qu’au sein même de la « première résistance » déjà marginalisée qu’était la France combattante, l’apport de l’Afrique a longtemps été minoré. À titre d’exemple, dans l’après-guerre certains prétendirent exclure la contribution des Africains au motif qu’ils ne s’étaient pas portés volontaires, dans la logique de l’engagement articulée par Romain Gary. Il en résulte une mémoire longtemps blanchie de la France libre, reposant sur une vision datant de 1945 plus que de 1940. Ce dérèglement mémoriel est surtout le fruit d’une vision myope, focalisée intensément sur une France métropolitaine pourtant exclue des fronts entre juin 1940 et juin 1944.


Bibliographie sélective

Crémieux-Brilhac, Jean-Louis, La France libre, Paris, Gallimard, 1996.


Jennings, Eric, La France libre fut africaine, Paris, Perrin, 2014.


Muracciole, Jean-François, Les Français libres : l’autre résistance, Paris, Tallandier, 2009.


Nnang Ndong, Léon Modeste, L’Effort de guerre de l’Afrique : le Gabon dans la Deuxième Guerre mondiale, 1939-1947, Paris, L’Harmattan, 2011.


Onana, Raphaël, Un homme blindé à Bir Hakeim, récit d’un sous-officier camerounais qui a fait la guerre de 39-45, Paris, L’Harmattan, 1996.


1. Winston Churchill, The Second World War, vol. 2, Boston, Houghton Mifflin, 1949, p. 494.


2. Archives nationales du Cameroun, AC 6332, Larminat, 7 février 1941.


3. Charles de Gaulle, Mémoires de guerre, vol. 1, Paris, Plon, 1954, p. 150-151.


4. Eric Jennings, La France libre fut africaine, Paris, Perrin, 2014, p. 149.


5. Romain Gary, « Les Français Libres », Revue de la France libre, no 187, 24 août 1970.


6. « C’est un effort gigantesque que soutint durant quatre ans la France d’outre-mer », La Nation, 1er novembre 1945.


7. Archives nationales de la République du Congo GGAEF84.


8. Archives nationales d’outre-mer (ANOM) 4(3)D53.


9. ANOM AGEFOM 357.

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