1 1940年的戰敗是不可避免的。 作者:莫里斯·V ·艾斯

1

La défaite de 1940 était inéluctable

par Maurice VAÏSSE

Il serait fastidieux d’énumérer ce que l’on a écrit pour expliquer en quoi la défaite était inéluctable1. Toute une historiographie a en effet tendu, depuis 1940, à expliquer la défaite par l’évolution historique de la France dans l’entre-deux-guerres. Et l’analyse remarquable de Ladislas Mysyrowicz, Autopsie d’une défaite, est sous-titrée « origines de l’effondrement militaire français de 19402 », pour bien signifier que c’est dès 1919 que la France a glissé vers la défaite. La plupart des historiens ont tendance à analyser une suite d’événements à la lumière de leur issue. Ante hoc, ergo propter hoc. Bref, on peut se demander si les historiens de la défaite n’ont pas eu tendance à démontrer qu’avant l’affrontement militaire la France avait accumulé « des batailles perdues dans la diplomatie, la démographie, l’économie, le réarmement : c’était beaucoup de défaites avant que la parole eût été donnée aux armes3 ». Dans le même temps, Jean-Baptiste Duroselle bâtit son œuvre en insistant sur les causes profondes qui menèrent la France de « la décadence à l’abîme » : « Les Français sont entrés dans la guerre le 3 septembre 1939 et, pour ce peuple pacifique, c’est déjà une défaite morale. La défaite matérielle s’ensuivra, moins de neuf mois après4. » Même le témoignage de Marc Bloch, L’Étrange Défaite5, qui reste l’ouvrage le plus lucide sur les causes de la débâcle de 1940, n’échappe pas au constat de l’inéluctabilité de la défaite, comme l’explique Étienne Bloch, son fils, qui estime le titre « absurde… Aussi bien dans sa partie témoignage que dans sa partie réflexions, tout concorde à conclure à la prévisibilité de la défaite6 ». Cet ouvrage est confirmé par les études historiques les plus récentes, même si, comme on va le voir, il doit être réactualisé dans la juste appréciation des causes de la défaite7.

Tous les types d’arguments ont été utilisés, mais on peut en dresser une typologie : certains, factuels, sont tout à fait probants ; d’autres sont purement polémiques ; enfin les justifications spécifiquement militaires méritent une discussion. D’abord des arguments de fait : l’inégalité démographique entre la France et l’Allemagne, 41 millions d’habitants contre 60, mais 80 dans les frontières de la grande Allemagne de 1940. Ensuite l’affrontement entre un régime totalitaire, prêt à tout pour vaincre, et un régime démocratique faible, a fortiori celui de la IIIe République, en pleine crise, avec des gouvernements instables, incapables de mener une politique sur la durée. Enfin, un autre argument est souvent invoqué avec pertinence : la contradiction entre une politique militaire défensive symbolisée par la ligne Maginot et une politique étrangère consistant à vouloir contenir l’Allemagne nazie par des accords avec les États d’Europe centrale et orientale. Comment la France aurait-elle pu venir en aide à ces pays, sans force d’intervention extérieure ? Cela paraît évident dans le cas tchèque en 1938 et dans le cas polonais en 1939.

D’autres arguments sont plus polémiques, dans les deux sens d’ailleurs. D’un côté, certains mettent en cause les gouvernements du Front populaire, accusés de n’avoir pas mené une politique de réarmement à la hauteur de ce qui aurait été nécessaire face à l’ennemi, d’avoir même démobilisé l’effort français par l’institution des 40 heures et la nationalisation des usines d’armement. Bref, si la France a été vaincue, c’est parce que le Front populaire n’a pas assez équipé l’armée française par antipatriotisme et conviction idéologique pacifiste. D’un autre côté, on met en cause la trahison des classes possédantes qui auraient, par haine de la gauche et du Front populaire, favorisé la victoire de l’Allemagne nazie, régime vers lequel allaient leurs faveurs. « Les hitlériens n’étaient pas en somme si méchants qu’on affectait de les peindre, on s’épargnerait sans doute plus de souffrances en leur ouvrant toutes grandes les portes qu’en s’opposant par la violence à l’invasion8. » Les travaux de la commission d’enquête parlementaire et les procès de l’épuration ont invalidé le rôle des complots d’extrême gauche ou d’extrême droite poussant au défaitisme.

Ces facteurs n’ont donc probablement pas été déterminants, même si, effectivement, on a noté une certaine désorganisation des usines de guerre et une pénurie de certains matériels.

En revanche, les arguments militaires sont à considérer avec attention. Tous les auteurs rejoignent l’analyse de Marc Bloch (et de Charles de Gaulle d’ailleurs) selon laquelle les causes immédiates de la défaite ont été techniques et ont tenu à la carence de la doctrine militaire et aux insuffisances de la préparation et de l’équipement de l’armée. Ces arguments tendent à montrer que la défaite n’était pas inéluctable. Ils concernent le rôle des combattants, les stratégies des deux belligérants et l’infériorité des forces françaises par rapport aux forces allemandes. Ils ont fait l’objet d’une réévaluation à compter de la publication du livre de Karl-Heinz Frieser, qui démontrait avec brio que la guerre éclair était une invention journalistique, ou plutôt que cette stratégie, qui a si bien réussi, n’avait été ni prévue ni conçue comme telle9.

Ainsi a-t-on souvent invoqué l’absence de combativité des soldats français qui se seraient effondrés sans combattre, voire qui auraient fui devant l’ennemi. Il a pu y avoir des actes de désespoir de la part des fantassins confrontés à la fois aux blindés et aux stukas allemands, des abandons de poste, comme le souligne Marc Bloch quand il donne des exemples précis de pompiers fuyant l’incendie juchés sur leur motopompe automobile : « Tout pouvait bien périr, là-bas dans l’incendie, pourvu que fût conservé loin des braises de quoi l’éteindre. » Mais on a pu constater par ailleurs que les Français se sont bien battus en Belgique, et pour défendre le territoire, sur l’Oise, l’Aisne, la Somme. On peut citer les combats de La Horgne, où les spahis firent preuve de sang-froid, et de Stonne, dans les Ardennes, la contre-attaque sur Abbeville menée le 28 mai par la 4e DCR du général de Gaulle, la défense de la Loire par les cadets de Saumur, sans parler de la résistance des équipages de la ligne Maginot. Sur l’ensemble du front, les forces françaises enregistrent environ 65 000 morts en cinq semaines (auparavant d’autres estimations faisaient état de 100 000 pertes).

Quid des stratégies ? Ce qui frappe, en effet, est la rapidité de la défaite française, comme si une armée considérée comme la plus forte du monde avait été mise hors de combat dans un duel inégal. On l’a interprété comme la preuve du succès d’une armée ultramoderne sur une armée vieillotte ; on y a vu la victoire de la guerre éclair menée par la Wehrmacht opposée à l’absence de stratégie française. En réalité, l’idée selon laquelle l’armée allemande était ultramoderne et entièrement motorisée est une légende ; à côté d’une armée bien équipée, on trouve chez les Allemands, comme dans l’armée française, des divisions mécanisées ou motorisées et des divisions équipées d’armements anciens et largement hippomobiles.

Par ailleurs, la campagne de 1940 menée par l’armée allemande ne ressemble ni de près ni de loin à une guerre éclair ; c’est une opération qui ressort du domaine militaro-tactique et non stratégico-politique, fondée sur un des ressorts essentiels de l’art de la guerre : la surprise. C’est aussi une campagne d’infanterie qui a failli échouer. En effet, l’idée centrale du plan allemand est celle d’une manœuvre d’enveloppement par la Belgique et d’une attaque surprise en passant par les Ardennes. Bien que mis à l’écart, le général von Manstein, qui a conçu ce plan, réussit à le faire adopter et il peut compter sur le général Guderian qui non seulement lui apporte sa connaissance exceptionnelle des blindés et des techniques de transmission, mais en outre connaît bien le terrain depuis la Grande Guerre.

La France, de son côté, était-elle dépourvue de stratégie ? Là aussi, c’est faux. En réalité, la stratégie française consiste en une phase défensive initiale, parfaitement cohérente avec sa situation démographique. En raison de la proximité de la guerre de 1914-1918 et des pertes énormes, près d’un million et demi de morts, les Français dans leur ensemble, militaires et civils confondus, sont profondément pacifistes. Afin d’éviter que ne se renouvelle l’hémorragie de la Grande Guerre, la France adopte une stratégie de guerre longue, une doctrine défensive, symbolisée par la ligne Maginot. Elle consiste à attendre qu’asphyxiée par le blocus qui lui est imposé l’Allemagne puisse être envahie ou soit contrainte à négocier. Cette stratégie s’appuie sur l’idée que nos frontières de l’est sont protégées : au nord, par la Belgique, qui a déclaré sa neutralité en 1936 ; sur le Rhin, par la ligne Maginot ; et à la jointure des deux, par un massif montagneux réputé infranchissable. Le maréchal Pétain comme le général Gamelin sont des partisans inconditionnels de cette guerre défensive. La campagne de 1940 a été prévue comme une guerre longue, semblable à la Première Guerre mondiale, et non du tout comme une guerre courte. Et la ligne Maginot est conçue comme un obstacle sur lequel s’appuyer afin de gagner du temps et de déployer une guerre de manœuvre. Mais l’adversaire allemand ne se comporte pas comme prévu. Il recourt à une puissance de combat irrésistible au moment décisif et au point le moins bien défendu. Lorsqu’on avait fait la remarque de la moindre mise en défense du secteur des Ardennes, le maréchal Pétain avait répondu que les Allemands ne s’aventureraient pas dans ce secteur et que, s’ils le faisaient, on les repincerait à la sortie. Quant au général Gamelin, il pensait à une bataille en Belgique et estimait que l’obstacle des Ardennes et de la Meuse suffirait à dissuader l’armée allemande. D’ailleurs, quand au matin du 10 mai il apprend l’offensive par les Ardennes, il s’en félicite, car il la considère comme vouée à l’échec. Et cependant, la percée de Sedan a bien lieu : elle est réalisée par trois groupes francs qui, par l’intégration d’innovations technologiques comme le char, l’avion et la radio, réussissent à disqualifier tout le dispositif français. Bref, la campagne de 1940, conçue comme devant être une guerre longue, se révèle une guerre courte.

En 1940, les forces françaises sont-elles inférieures aux forces allemandes ? Là aussi, c’est inexact. Les spécialistes sont loin d’être d’accord sur l’évaluation de l’armée française en septembre 1939. Mais de ce point de vue, le témoignage accablant de Marc Bloch est contestable ; évoquant la spécificité de cette guerre, il affirme : « On n’a pas fait assez d’avions, de moteurs, de chars10. » En réalité, l’effort d’armement de la IIIe République n’est pas du tout négligeable ; les dépenses militaires de la France entre 1919 et 1939 sont plus importantes que celles des autres puissances, au point que la France est sur le banc des accusés lors de la conférence du désarmement de 1932. Quant au gouvernement de Léon Blum, il a lancé un plan de réarmement en septembre 193611, si bien qu’en 1938 les dépenses militaires sont deux fois et demie plus importantes qu’elles ne l’avaient été en 1913. Si bien que, même en termes de techniques et d’armes, Allemands et Français sont relativement à égalité. Les chars français sont même supérieurs en nombre aux chars allemands : 3 200 contre 2 400 (les chiffres sont bien sûr variables ; d’autres font état d’une quasi-égalité : 2 574 chars français contre 2 285 allemands) ; ils sont également supérieurs en qualité (en particulier le char B1), car le traité de Versailles avait interdit aux Allemands de construire des chars ; quand ils se lancent, ils ont une génération de retard. L’artillerie lourde est équivalente des deux côtés, mais le canon de 75 donne l’avantage aux Français. On note que les dotations en matériel antiaérien et antichar sont insuffisantes du côté français à la date du 10 mai, sans compter les systèmes de transmissions très médiocres.

En revanche, les Allemands sont supérieurs aux Français dans le domaine aérien, même si, en termes de chiffres, les avions alliés sont plus nombreux que les avions allemands : 4 500 contre 3 500, même si, comme on le sait, les avions britanniques sont restés pour l’essentiel de l’autre côté du Channel. Mais les chiffres n’ont qu’une valeur relative. Qu’importe que les Français disposent de moyens numériquement équivalents à ceux des Allemands, car le problème est d’abord celui de la disponibilité réelle : en effet, beaucoup d’avions français ne sont pas « bons de guerre », sans équipement, sans hélice, sans train d’atterrissage et sans armements, car on craignait que les ouvriers des usines d’aviation, connus pour leur engagement politique et syndical, ne s’en emparent.

Plus grave encore est le problème de la doctrine d’emploi, car l’aviation militaire ne jouit pas d’une véritable autonomie : une partie de cette force aérienne est en effet mise à la disposition des forces terrestres ; l’autre moitié, qui dépend du général Vuillemin, chef d’état-major de l’armée de l’air, est également scindée en différents groupes, en particulier l’aviation de chasse. Il en est de même pour les chars ; certes les Français en ont, mais leur doctrine d’emploi est inadaptée : la direction de l’infanterie réussit à conserver le contrôle des chars dans un emploi d’accompagnement des troupes ; longtemps, la nécessité d’une force blindée autonome n’apparaît pas d’actualité, malgré les arguments de Charles de Gaulle qui a pris position, dès 1934, dans Vers l’armée de métier, pour la constitution d’une telle force. Il faut attendre le déclenchement de la guerre pour voir se constituer les premières divisions blindées, et encore celles-ci ne sont-elles pas en mesure de manœuvrer correctement en raison d’un approvisionnement défectueux en essence : dans certains cas, il fallait des heures pour remplir les réservoirs d’un char, ce qui leur a été souvent fatal. Faute de carburant, de nombreux chars de la 1re DCR sont immobilisés le 14 mai dans la région de Charleroi. En revanche, les Allemands avaient prévu des camions chargés de jerrycans permettant d’assurer dans les délais les plus brefs l’approvisionnement de leurs blindés. Quand ils attaquent dans le secteur de Sedan, ils y concentrent la moitié de leurs forces mécanisées.

La conception de la guerre et l’encadrement posent également problème. Dès la fin de la Grande Guerre, les Français ont bien perçu ce qui ferait la spécificité de la guerre moderne : puissance de feu, mobilité, importance de la logistique et de la puissance industrielle de la nation. Mais tout est trop conçu pour une bataille préparée, méthodique, et pas pour une guerre éclair. Quand Marc Bloch incrimine l’incapacité du commandement12, il pointe du doigt un critère essentiel, le rythme des opérations et la lenteur de la réaction du côté français : « D’un bout à l’autre de la guerre, le métronome des états-majors n’a pas cessé de battre plusieurs mesures en retard. » En fait, les Allemands, qui ont l’initiative, déjouent la tactique temporisatrice des Français. Leurs officiers prennent des initiatives et même des risques, à l’encontre des ordres reçus, si bien que la manœuvre allemande est fondée sur la vitesse et la mobilité. Guderian et Rommel ignorent les injonctions d’Hitler leur demandant de ralentir leur progression. Du côté français, on a mis justement en cause la faible capacité d’autonomie des cadres et une armée obnubilée, à l’image du général Gamelin, par une gestion rationnelle de la guerre, si bien que le rythme est celui de la lenteur, illustrant une conception statique de la guerre et un système de commandement bien rigide. Informé le 13 mai à 22 h 35 de la menace allemande sur Sedan, Gamelin ne réagit que le 15 mai. Jean-Louis Crémieux-Brilhac évoque la surprise de ces officiers qui n’ont pas reconnu la guerre quand ils se sont trouvés face à face avec des Allemands, habitués qu’ils étaient à la guerre des tranchées. Quant au commandement, il apparaît désemparé au futur général Beaufre, alors officier auprès du général Doumenc qui rend visite le 13 mai au soir au QG du général Georges, responsable des opérations : « L’atmosphère est celle d’une famille où l’on veille un mort. » Les opérations militaires ont tout juste commencé, mais déjà le moral du commandement est « brisé13 ».

Défaite inéluctable ? Non, comme on vient de le voir ; ou plutôt il était possible d’éviter de subir une déroute quand la guerre a commencé en septembre 1939. Ainsi la période dite de la « drôle de guerre », un véritable répit, n’est pas suffisamment mise à profit. Certes, le général Gamelin lui-même s’est efforcé de tirer les leçons de l’effondrement de la Pologne. L’état-major français a tout fait pour étudier et assimiler les méthodes utilisées par les Allemands pour vaincre les Polonais, et pour améliorer l’entraînement de l’armée française, mais trop souvent il s’est agi d’utiliser les hommes à couler du béton et à fortifier les positions. Mais il y a eu aussi beaucoup d’erreurs et d’immobilisme. Ainsi les Français ont-ils gaspillé huit mois de drôle de guerre en ne réunissant pas leurs forces blindées dans des unités cuirassées, comme le suggérait Charles de Gaulle. On sait que la 4e division cuirassée, confiée précisément au colonel de Gaulle, est absolument improvisée sur le champ de bataille. La manœuvre « Dyle » imaginée par le général Gamelin, consistant à porter en Belgique les meilleures forces françaises (à la fois par leur mobilité et par leur professionnalisme), était déjà contradictoire avec la doctrine défensive, et aventureuse (dans la mesure où la Belgique a déclaré sa neutralité en 1936), mais elle pouvait se concevoir pour éviter l’invasion et l’occupation du territoire national14. Le 20 mars, Gamelin y ajoute la variante « Breda » qui consiste, avec les unités mécanisées, à pénétrer encore plus avant et à faire jonction avec l’armée hollandaise. C’est dire que la stratégie française, qui trouvait sa cohérence par rapport à toute une série de contraintes démographiques, historiques, géographiques, etc., est mise en défaut par cet aventurisme dans une bataille de rencontre. Quand le piège se referme sur l’armée française bousculée dans les Ardennes et encerclée en Belgique, l’interrogation de Winston Churchill, se référant au précédent de la Grande Guerre : « Où sont les réserves ? », n’en est que plus tragique. Il n’y en a pas, ou plutôt la localisation et la répartition des troupes est telle que les forces de réserve ne peuvent intervenir rapidement, rendant difficile toute contre-attaque.

Enfin, les forces allemandes bénéficient d’une succession de miracles. Lorsque les blindés et les troupes de Guderian foncent à travers les Ardennes, on assiste à un embouteillage géant de 41 000 véhicules dans un étroit corridor dont les forces françaises auraient pu profiter pour les attaquer, mais les rivalités entre terriens et aviateurs retardent la décision d’intervention et la concentration des moyens allemands est telle qu’elle balaie la Résistance française. Le « miracle de 1940 », du point de vue allemand, est aussi fondé sur l’importance de la peur provoquée dans les troupes françaises par l’avance des chars allemands. La panique de Bulson voit l’effondrement d’un front en raison de la rumeur de la présence de chars qui, à l’heure de l’attaque, n’ont toujours pas franchi la Meuse. Les troupes qui se trouvent dans ce secteur n’étaient pas destinées à se battre : elles refluent devant l’avance allemande, qui paraît si incompréhensible qu’on l’attribue à une 5e colonne. La peur des chars est amplifiée par l’utilisation des stukas dont la sirène se met en marche lors des descentes en piqué. Par la suite, la campagne de France est une Blitzkrieg improvisée et réussie malgré les ordres de prudence d’Hitler et du haut commandement allemand, car après la percée de Sedan, Guderian ne les respecte pas et décide de foncer vers l’ouest, en direction de la Manche, pour éviter de laisser le temps aux Alliés de constituer une nouvelle ligne de défense. Bref, comme le démontre Ernest May, il semble plus difficile d’expliquer la rapide victoire de l’Allemagne que la défaite française ; ses conclusions sont résumées dans son titre15Strange Victory, qui répond bien à celui du livre de Marc Bloch, qui n’était pas si « absurde » que ça.

Bibliographie sélective

Bloch, Marc, L’Étrange Défaite, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 1990.

Crémieux-Brilhac, Jean-Louis, Les Français de l’an 40, Paris, Gallimard, 1990.

Frieser, Karl-Heinz, Le Mythe de la guerre-éclair, Paris, Belin, 2003.

May, Ernest, Strange Victory : Hitler’s Conquest of France, New York, Hill & Wang, 2000.

Mysyrowicz, Ladislas, Autopsie d’une défaite, Lausanne, L’Âge d’Homme, 1973.

Vaïsse, Maurice (dir.), Mai-juin 1940. Défaite française, victoire allemande sous l’œil des historiens étrangers, Paris, Autrement, 2000 ; réédition, 2010.

Vaïsse, Maurice, et Doise, Jean, Diplomatie et outil miltaire, 1871-2015, Paris, Le Seuil, nouvelle édition actualisée, 2015.

留言

這個網誌中的熱門文章

北越故事:童年、從軍、戰場、戰後、晚年【平民眼中的戰爭:從香蕉湯到尿袋人生】

投稿:戰爭不是劇本:從香蕉湯到尿袋人生